Un ouvrage sur l’histoire de la FSU (objectifs, historique...) Comment la FSU s’est, au fil du temps...à
Paris, le 12 mai 2005
Monsieur le Président,
Vous avez souhaité connaître la réaction de la FSU au rapport de la Cour des Comptes « les personnels enseignants sans classes ». Vous trouverez exposée dans ce courrier notre analyse complétée par deux documents en annexe.
Les auteurs du rapport accumulent des données chiffrées, peu contestables pour la plupart, mais donnant lieu à des marges d’interprétation très importantes. Le rapport précise d’ailleurs d’emblée que la méthode choisie, du fait des ambiguïtés de classement, aboutit à des valeurs approchées. Doux euphémisme si l’on s’en réfère aux conclusions qui précisent, elles, que selon l’approche, 6 à 12% de l’effectif total des enseignants correspondent à ce profil caractérisé par « l’éloignement des fonctions de recrutement ». Il donne ainsi le sentiment d’être construit à partir du présupposé que les moyens attribués à l’Education Nationale sont sous utilisés, voire pour une part détournés de leurs objectifs.
Ainsi la question du champ des missions de l’Education Nationale se pose-t-elle pleinement. La vision induite par les auteurs limite de fait le métier enseignant à l’acte pédagogique en présence d’élèves du premier et second degré, en ignorant d’une part toutes les évolutions du métier et les contraintes afférentes (besoins de coordination, de formation, de concertation...), d’autre part l’extension des missions à différents publics et la participation à diverses actions. On peut ainsi s’interroger sur une conception du métier enseignant qui écarterait les personnels de l’EN des actions de formation dans les Greta, du sport scolaire, ou de l’enseignement à l’étranger, l’enseignement à distance, l’enseignement en milieu pénitentiaire ou en milieu hospitalier, etc...
Présenter comme sans activité pédagogique les conseillers pédagogiques (3350 ETP), les enseignants à temps plein ou partagé en IUFM ou dans le supérieur (universités ou IUT) ne peut relever d’une approche sérieuse. Quant aux enseignants chargés de mission ou utilisés à des fonctions administratives, ce n’est pas leur apport qui est contestable mais des pratiques budgétaires qui distraient une partie des moyens d’enseignement donnés au titre de l’enseignement scolaire. Les solutions sont à regarder en ce sens et non en cherchant à limiter le droit pour les personnels à une mobilité tant prônée par ailleurs. Quant aux décharges statutaires, elles sont pleinement justifiées par une évolution du métier qui a fortement accru la charge de travail (diversité des publics, massification en lycée, part croissante du travail « invisible » du fait du travail collectif, de l’appartenance aux différentes équipes éducatives, des évolutions didactiques etc...). L’heure de première chaire ne suffit d’ailleurs plus à compenser les surcharges de travail. Pour les enseignants des établissements ZEP et sensibles, évoqués dans le rapport, des mesures sont en effet urgentes qui consisteraient à réduire les maxima de service. Les décrets de 1950, conçus à une époque où le métier enseignant relevait davantage de la prestation individuelle que de l’inscription dans une équipe, où les publics scolaires étaient en adéquation avec la culture scolaire ne couvrent plus actuellement la totalité de la réalité du métier et une extension serait nécessaire (maintenance informatique, coordination de ZEP etc...) non une diminution.
A propos de l’UNSS, la Cour des Comptes a-t-elle seulement pensé à évaluer les retombées éducatives positives du sport scolaire dans les lycées et les collèges ? Est-elle à court « d’indicateurs » ? S’agissant du service des enseignants d’EPS et au-delà de la vision caricaturale et méprisante de l’enseignement de l’EPS qui prévaut dans ce rapport et évoque celle déjà portée par le fameux « socle commun », seul l’objectif préalablement établi semble importer : réduire la dépense publique sur le champ de l’éducation physique et du sport scolaire et proposer pour les enseignants d’EPS un service qui passerait (hors AS !) à 25h (professeurs) et 23h (agrégés).
Tout en soulignant « qu’on peut rencontrer, dans d’autres organisations, des taux de décharge syndicale plus élevés » et que celles-ci ne sauraient être contestées, le rapport ne les intègre pas moins dans les 32 000 équivalents temps plein « hors enseignement » dont la commission des finances demande au « Gouvernement de préciser clairement la justification ».
Enfin, le passage sur le remplacement, sujet ayant largement inspiré les auteurs du rapport met crûment à jour l’ignorance des réalités de l’enseignement : un remplaçant efficace serait un remplaçant utilisé à 100%. Etrange paradoxe puisque il serait alors dans l’incapacité justement de répondre aux besoins ayant justifié la création de postes de titulaires remplaçants : la disponibilité pour des remplacements imprévus, de courte et moyenne durée. Décompter alors un taux d’inoccupation estimé à 9500 ETP relève de la mauvaise foi ! De même affirmer que les titulaires remplaçants rattachés à une école ou à un établissement sont en « doublette » de collègues titulaires d’un poste est juste ; feindre d’en ignorer la raison peu sérieux ! Pour que le remplaçant soit disponible pour un remplacement, il ne faut pas qu’il ait de classes en pleine responsabilité ; ce qui ne l’empêche pas d’accomplir des taches pédagogiques utiles aux élèves entre deux remplacements.
La FSU est disponible, notamment à l’occasion d’une rencontre, pour expliciter son point de vue sur différents aspects que vous souhaiteriez approfondir avec elle.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments respectueux.
Gérard Aschieri
P.J. :
FSU - Mai 2005
Le recensement des enseignants qui n’exercent pas devant une classe appelle de notre part les observations suivantes :
Pour la catégorie 1
Pour la catégorie 2
Pour la catégorie 3
L’UNSS
En considérant le « forfait UNSS » de 3h hebdomadaires dans le service des enseignants d’EPS comme une « décharge de service » et non comme une composante à part entière de leur service, la Cour feint d’ignorer le fondement politique du statut particulier des enseignants d’EPS et la mission que l’Etat, historiquement depuis 1945, s’est donnée en terme de démocratisation dans l’accès aux activités physiques, sportives et artistiques. Bien sûr, l’activité des enseignants d’EPS au sein du service public de l’UNSS doit être sérieusement et intelligemment contrôlée, c’est le sens des propositions faites depuis un certain temps déjà par le SNEP, et restées sans suites de la part du ministère. Utilisant des données subjectives ainsi que des résultats d’opérations inexacts, le rapport caricature la réalité et nie la pertinence de l’organisation actuelle du sport scolaire (une AS par EPLE) et les contraintes liées à ce qui fait le rayonnement de l’UNSS : la rencontre entre établissements.
Pour la catégorie 4
S’agissant de la MGEN : on ne peut qu’être surpris d’une pareille méconnaissance de la Cour des Comptes sur cette question. D’une part, la loi (loi Morice) autorise depuis 1947 la « mise à disposition » de personnels pour la gestion de l’assurance -maladie pour laquelle la MGEN est habilitée, et celle -ci reverse l’intégralité des traitements et charges sociales de ces personnels au MEN. D’autre part, les personnels en détachement (ils ne sont pas « affectés » à la MGEN) sont rémunérés par la MGEN elle -même ! Nous souhaitons également rappeler qu’un arrêté du 19 septembre 1962 (arrêté Chazelle) devrait permettre l’attribution par l’état employeur d’une subvention versée aux organismes mutualistes pour leur contribution à l’action sociale des personnels. Cette intervention, dont le seuil réglementaire est fixé à 25% du produit total des cotisations versées par les adhérents, est en réalité de moins de 5% dans l’ensemble de la Fonction Publique ! D’autre part, compte-tenu de la faiblesse de la médecine de prévention au ministère de l’Education Nationale, et de la pénibilité des métiers de l’éducation, la FSU tient à souligner que la MGEN est amenée à prendre en charge des dispositifs de prévention et d’aide aux personnels qui devraient incomber à l’état employeur.
qui concerne le sport scolaire, l’EPS et les enseignants d’EPS.
Analyse de la partie du
rapport de la
Cour des Comptes
qui concerne le sport
scolaire, l’EPS et
les enseignants d’EPS.
Ce texte vient en
complément des courriers adressés par le SNEP au 1er
Président de la
Cour des Comptes, au Président de la Commission des
finances, de l’économie
générale et du plan de
l’Assemblée Nationale, et au Ministre de
l’éducation
nationale. Le SNEP analyse ici point par point, dans le rapport de la
Cour des
Comptes « SUR LA
GESTION, PAR LE MINISTERE
CHARGE DE L’ENSEIGNEMENT SCOLAIRE, DES PERSONNELS DETACHES
DANS DES FONCTIONS
AUTRES QUE D’ENSEIGNEMENT OU DEMEURANT SANS
AFFECTATION », la
partie concernant les enseignants d’EPS, leur service et le
sport scolaire.
Les citations
extraites du rapport apparaissent en bleu.
Page
32
« En
2000,
la Cour notait : « les
chefs d’établissement ne contrôlent
généralement
pas que les heures d’UNSS sont bien effectuées par
les enseignants qui en
bénéficient ».
Le ministère a confirmé oralement à la
Cour qu’un tel
mode de gestion continuait à prévaloir : les
heures UNSS peuvent donc
raisonnablement être réellement
considérées comme « forfaitaires
»,« attribuées
» dans pratiquement tous les cas, et donc payées,
que les enseignants les
effectuent ou pas. »
Premier
sujet d’étonnement : c’est
à partir d’une affirmation très
subjective de
la Cour en 2000 que se construit l’ensemble du
« dossier UNSS ». La
Cour a dû sentir la faiblesse du support argumentaire,
puisqu’elle a demandé
« au ministère » si
cela était toujours vrai. « Le
ministère » a confirmé oralement ;
dommage qu’on n’ait pas pris la peine
d’écrire de quoi et de qui on parlait,
sur la base de quelle enquête ou recueil
d’informations on pouvait affirmer
cela.
Sans doute y a-t-il des
enseignants d’EPS qui effectuent a minima voire pas du tout
leur forfait UNSS.
Sans doute aussi un certain nombre de chefs
d’établissement ne se préoccupent
pas ou peu de l’association sportive dont ils sont pourtant
doublement
responsables, comme chef d’EPLE et comme président
de l’AS. Mais quiconque
connaît un tant soit peu la vie sportive des EPLE sait que
dans la très grande
majorité des cas, les enseignants d’EPS effectuent
leur forfait et souvent
au-delà, et font vivre leur AS avec la confiance du chef
d’établissement, sans
qu’il soit besoin de
« contrôler »
présence et activité. Pour des
raisons diverses, certains ont peu de licenciés, et/ou une
activité en deçà du
forfait. Dans cette situation, IPR-IA et chef
d’établissement ont à leur
disposition un certain nombre de possibilités
d’intervention – de l’aide au
fonctionnement à travers la participation active au
comité directeur de l’AS ou
le conseil pédagogique, à la sanction
à travers les notes pédagogique et
administrative, et jusqu’à la sanction
disciplinaire en cas de refus
d’accomplir le service réglementaire -.
On est loin de la situation
décrite qui verrait une partie importante des moyens
accordés à l’UNSS
dilapidés par des enseignants « payés,
[qu’ils] les effectuent ou pas ».
Il
est tout à fait regrettable que cette vision caricaturale du
fonctionnement des
associations sportives des EPLE soit le socle d’une
construction qui aboutit à
« considérer »
qu’un tiers des moyens en heures UNSS sont
inemployés.
(Cf p 62) « Les
effectifs équivalents aux décharges syndicales,
aux décharges statutaires (en
considérant que les deux tiers des heures UNSS sont
réellement employées pour
l’encadrement pédagogique du
sport
extrascolaire) »
Notons
aussi que l’appellation « sport
extra-scolaire » pour qualifier ce
qui est appelé partout et par tous le
« sport scolaire » montre la
grande approximation de cette
« étude » et la
méconnaissance du sujet
par les rédacteurs.
Suite de la page
32 :
« L’apparente négligence
constatée dans la gestion de
ce potentiel de service ne permettant pas de fonder une opinion
certaine sur l’occupation
réelle de ces enseignants, la Cour a cherché des
indications de cohérence, par
exemple en rapprochant les effectifs d’enseignants EPS avec
ceux des élèves
(licenciés UNSS) pratiquant des activités
sportives extrascolaires :
(Reprise du
tableau p32)
|
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
|
Licenciés
(toutes activités) |
828 774 |
852 222 |
871 498 |
858 670 |
840963 |
|
Enseignants EPS
en activité (tous corps) |
27 234 |
30 268 |
31 079 |
31 505 |
32 278 |
|
Nb de
licenciés UNSS par enseignant |
33 |
36 |
36 |
27 |
26 |
* effectifs
enseignants : tous corps,
public, privé et agricole, en juin année N+1 ;
licenciés : nb total inscrits
sur année scolaire N/N+1, toutes activités -
Source DPE – juin 2004. »
Tout
d’abord les
calculs sont faux !
La 3e
ligne, résultat de la division de la 1e
par le 2e
devrait donner les résultats suivants, mis entre
parenthèses :
|
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
|
Nb de licenciés
UNSS par enseignant (* : chiffre
annoncé par la Cour ; entre parenthèses :
résultat exact) |
33* (30.43) |
36* (28.16) |
36* (28.04) |
27* (27.26) |
26* (26.05) |
L’erreur de calcul
est
manifeste et importante. Cela jette le trouble quant au
sérieux de ce chapitre.
Mais cela est plus qu’une erreur, car
l’écart affiché pour le taux
d’encadrement, de 36 (en 2000) à 26 (en 2003),
soit avec
10 licenciés de moins par enseignant une hausse relative de
27,7% (arrondi au passage à 30% …), permet
de fustiger l’évolution, alors que la hausse
véritable
(avec les chiffres retenus par la Cour mais des résultats
d’opérations exacts)
est de 14,4% (de 30,43 à 26,05 soit la moitié de
ce qui est annoncé page
33) :
« Le
taux moyen d’encadrement des
activités UNSS a, comme conséquence,
augmenté de près de 30% sur les cinq
dernières années » (Précision pour
comprendre ces calculs : Le taux d’encadrement augmente quand
le nombre de licenciés
par
enseignant diminue)
On
peut ensuite s’interroger sur la fiabilité des
chiffres retenus par la Cour
pour les effectifs d’enseignants d’EPS :
Sur la période retenue, l’écart
de plus de 3000 enseignants entre 1999 et 2000 est
incompréhensible ; peut-être
est-il dû à un changement de mode de calcul de la
DPE. La Cour ayant utilisé,
pour les licenciés, les chiffres fournis par
l’UNSS, elle aurait pu en faire de
même avec les enseignants, afin de crédibiliser
ses calculs et ses analyses.
Une autre source objective possible aurait pu être les
chiffres de la DEP. On
peut comparer ces 3 sources et leurs effets sur les conclusions
tirés par le
rapport :
|
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
|
Licenciés UNSS
(toutes activités) |
828 774 |
852 222 |
871 498 |
858 670 |
840963 |
Source
UNSS :
|
Enseignants avec forfait (chiffres UNSS) |
32731 |
33135 |
33675 |
34318 |
34922 |
|
Nb de licenciés
UNSS par enseignant |
25.32 |
25.72 |
25.88 |
25.02 |
24.08 |
Source DEP (ouvrages « Références et Statistiques » pour les 5 années considérées) :
|
Enseignants EPS (chiffres
DEP) |
29344 |
29807 |
30185 |
30731 |
32905 |
|
Nb de licenciés
UNSS par enseignant |
28,24 |
28,59 |
28,87 |
27,94 |
25,55 |
Source DPE (utilisée par la Cour) :
|
Enseignants EPS (chiffres DPE 2004) |
27234 |
30268 |
31079 |
31501 |
32278 |
|
Nb de licenciés
UNSS par enseignant (* : chiffre
annoncé par la Cour ; entre
parenthèses : résultat exact) |
33* (30.43) |
36* (28.16) |
36* (28.04) |
27* (27.26) |
26* (26.05) |
Les
chiffres de l’UNSS sont plus élevés,
sans doute parce qu’ils prennent en compte
tous les enseignants avec forfait UNSS : les non titulaires,
les
professeurs stagiaires, le privé. Pour le dossier
traité, ce sont assurément
les chiffres les plus fiables.
Concernant
l’augmentation du nombre d’enseignants, sur les 5
années prises en compte par
la Cour, elle est donc de :
Le
choix de la Cour vient à l’appui de sa
démonstration. Il lui permet d’affirmer
(en arrondissant une nouvelle fois, de 18,5 à 20%) :
: p 33 « Ces deux
tableaux montrent d’une part que les effectifs
d’enseignants (en situation
d’activité) sont en augmentation très
significative (de l’ordre de 20 %) sur
les cinq dernières années »
Concernant la hausse du taux
d’encadrement (« Le taux
moyen d’encadrement des activités UNSS a,
comme conséquence, augmenté de près de
30% sur les cinq dernières
années »), outre
l’erreur de calcul bien à propos pour la
démonstration (cf. ci-dessus), on obtient :
De 6,4% ou 11,5%
à 30%, le
dérapage est réel. Quel sens lui
donner sinon celui de
« préparer le
terrain » pour la proposition qui suit ?
L’erreur est
ensuite à
nouveau « utilisée »
en page 34 :
« Si,
par
exemple, on fixait à 170 élèves par
enseignant * la norme
d’encadrement
scolaire, un effectif de seulement 30.000 enseignants d’EPS
actifs suffirait à
satisfaire les besoins des établissements scolaires et,
à effectifs de
licenciés constant, le
taux
d’encadrement UNSS passerait à 28 jeunes par
enseignant ce qui resterait
évidemment très acceptable puisqu’il a
pu aller, sans nuire à la qualité,
jusqu’à 36. »
·
: La Cour divise le nombre
total d’élèves du second
degré par le nombre d’enseignants d’EPS
pour obtenir cette
« moyenne » (cf. tableau
ci-dessous, 5e
colonne) :
avec les 5 116 921 élèves
scolarisés en 2002-2003 et les 32 278 enseignants
d’EPS, on obtient une moyenne de 158
élèves
par enseignant ; La Cour propose 30 000 enseignants
d’EPS, et donc une moyenne de 170
élèves.
Ainsi donc, à
partir de
chiffres « discutables » et
surtout de calculs faux, on fait tourner
en boucle les résultats pour conforter
l’hypothèse de départ, et proposer des
coupes claires dans l’encadrement de l’UNSS.
Suite
du rapport p 32/33 : « Pour plus
de détail,
le tableau suivant donne un aperçu de la situation au regard
du sport scolaire
des académies où les taux de participation des
élèves aux activités UNSS sont
les plus faibles et les plus élevés, ou dans
lesquelles le nombre de licenciés
UNSS par enseignants est le plus faible ou le plus
élevé :
année
scolaire 2002-2003
|
Académie |
Effectifs
scolarisés |
Taux de part.
UNSS |
Effectifs
enseignants |
Elèves
enseignant / |
Licenciés enseignant |
Participation
UNSS ou effectifs licenciés
par enseignant les plus élevés
|
Guyane |
21.803 |
21,2 % |
132 |
165 |
35 |
|
Nancy-Metz |
196.568 |
19,8 % |
1.375 |
143 |
28 |
|
Besançon |
101.438 |
19,3 % |
657 |
154 |
30 |
|
Clermont-Ferrand |
106.722 |
19,2 % |
633 |
169 |
32 |
|
Strasbourg |
158.816 |
18,2 % |
910 |
174 |
32 |
|
Lyon |
228.592 |
18,6 % |
1.363 |
168 |
31 |
Participation
UNSS ou effectifs licenciés
par enseignant les plus faibles
|
Martinique |
50.873 |
8,7 % |
305 |
168 |
14 |
|
Guadeloupe |
49.780 |
10,3 % |
336 |
148 |
15 |
|
Créteil |
362.990 |
13,2 % |
2.337 |
155 |
21 |
|
Montpellier |
206.247 |
13,3 % |
1.238 |
166 |
22 |
|
La
Réunion |
99.031 |
13,6 % |
686 |
144 |
20 |
|
France
entière |
5.116.921 |
16,4 % |
32.278 |
158 |
26 |
Ces deux
tableaux montrent d’une part que les effectifs
d’enseignants (en situation
d’activité) sont en augmentation très
significative (de l’ordre de 20 %) sur
les cinq dernières années et, d’autre
part que, bien que globalement stable, la
pratique sportive en établissement est extrêmement
hétérogène dans l’espace,
certaines académies ayant un taux de participation des
élèves une fois et demi
plus élevé que la moyenne nationale et
d’autres jusqu’à près de deux
fois
moindre16.
Le taux moyen d’encadrement des
activités UNSS a, comme conséquence,
augmenté de près de 30 % sur les cinq
dernières années : ceci ne serait pas critiquable
en soi, si l’on avait une
idée précise (ce qui n’est pas le cas)
du taux d’encadrement optimal ou cible
retenu par le ministère en cette matière ; plus
préoccupant est le fait que
l’absence de contrôle de la
réalité de cet encadrement par tous les
enseignants
d’EPS, et d’une façon
générale de la pratique de ces
activités sportives, ne
permet pas d’identifier clairement les voies
d’optimisation entre académies
(dont les pratiques de contrôle et de gestion sont
disparates), entre
établissements (la pratique du sport associatif
étant assez hétérogène),
voire
au sein même des établissements (tous les
enseignants ne participant pas avec
la même intensité à
l’encadrement des jeunes dans les associations sportives).
Outre ce qui a
été pointé
plus haut sur les chiffres, leur choix, les calculs,
l’exploitation du 2e
tableau mérite également quelques
commentaires : Bien sûr, suivant les
départements, le nombre de licenciés par
enseignant varie, et l’amplitude peut
être importante. Mais comment peut-on occulter
complètement la réalité sociale
dans laquelle s’organise et vit le sport scolaire ?
Les 5 académies à
faible participation n’ont-elles aucun point commun autre que
celui-là ?
Trois DOM, Créteil et Montpellier : des
académies où la crise scolaire
déborde largement l’UNSS. Parmi les 6
« meilleures », le cas de la
Guyane pouvant aussi être traité à
part, une étude dépassant l’analyse
froide
des chiffres aurait pu expliquer, par exemple, que
l’académie de Nancy-Metz
vient en tête en particulier parce que le Conseil
Général de la Meuse
subventionne à 100% les transports du sport scolaire du
mercredi. La Cour
considère-t-elle que les 37% de licenciés UNSS
Meusiens ne sont dus qu’à
l’excellence de « l’intensité
de
participation »
des enseignants d’EPS de ce département ?
Si l’on poursuit
la
lecture, p 33 :
« On
observe, paradoxalement, que dans les régions où
la vocation sportive
associative des jeunes est la plus affirmée le taux
d’encadrement, tant
scolaire (des classes en EPS) qu’extrascolaire (UNSS), est
souvent faible (et
inférieur à la moyenne nationale
jusqu’à parfois plus de 10 %) ; dans le
même
temps, dans celles où la pratique sportive est plus faible
ou moins
associative, le taux d’encadrement est souvent plus
élevé que la moyenne
nationale. »
La Cour semble ici découvrir la discrimination positive : il y a proportionnellement plus d’enseignants dans les académies « en difficulté ». Est-il anormal que l’adhésion à l’AS soit plus difficile à obtenir à Créteil qu’à Besançon ? Et même, est-il anormal que les enseignants, éventuellement, limitent leur effectif de licenciés ? N’est-il pas légitime que l’encadrement soit plus important quand se rencontrent deux collèges de quartiers « rivaux » de Seine-Saint-Denis ?
La note 16 montre un essai
de compréhension des variations
d’adhésion. L’explication est juste,
mais pèse
bien peu parmi l’ensemble des facteurs
« socio culturels »
explicatifs des écarts constatés en terme
d’adhésion des élèves
à l’UNSS.
P 33/34 « On peut
tirer de ce constat au moins une conclusion :
si l’on peut raisonnablement et utilement encadrer des
licenciés UNSS sous un
taux moyen de plus de 30 élèves par enseignant
(voire beaucoup plus), sans
nuire ni à la réputation sportive de la
région, de la ville ou de
l’établissement, ni à la vocation
sportive des jeunes (cf. évolution des taux
UNSS entre 1999 et 2003, et la dispersion de ces taux pour la seule
année
2003), alors on pourrait se fixer sans risque une norme de gestion des
effectifs enseignants d’EPS beaucoup plus exigeante au niveau
de chaque académie.
Si, par exemple, on fixait à 170
élèves par enseignant la norme
d’encadrement
scolaire, un effectif de seulement 30.000 enseignants d’EPS
actifs suffirait à
satisfaire les besoins des établissements scolaires et,
à effectifs de
licenciés constant, le taux d’encadrement UNSS
passerait à 28 jeunes par
enseignant ce qui resterait évidemment très
acceptable puisqu’il a pu aller,
sans nuire à la qualité,
jusqu’à 36. On pourrait d’ailleurs aussi
envisager une
maîtrise plus optimisée des heures UNSS, non
seulement en contrôlant qu’elles
sont effectivement effectuées mais aussi – et ceci
serait un moyen de contrôle
quasi-automatique - en regroupant les associations sportives de
plusieurs
établissements sous l’encadrement d’un
nombre plus limité d’enseignants d’EPS
identifiés auxquels seraient accordées, et
à eux seuls, la « décharge UNSS
». »
On
a déjà analysé les données
utilisées pour instrumentaliser le taux
d’encadrement. Le rapport, ignorant toujours toute
donnée sociologique, termine
sa démonstration par des propositions à la
règle à calcul – qui
consistent, en gros, à proposer d’appliquer, en
ZEP, les effectifs de classe du
lycée Henri IV, au prétexte que c’est
possible puisque ça existe
( !) – et d’autre part qui
reviennent à décapiter le sport scolaire par
la suppression de forfaits et d’AS.
Conclusion
du rapport sur ce thème (p34) :
« Ces
observations n’ont d’autre objet que de mettre en
évidence un « statut de fait
»17
dans lequel les enseignants d’EPS sont
en définitive soumis à une ORS de seulement 17
heures pour les certifiés (et 14
heures pour les agrégés), statut dont ni les
fondements pédagogiques ni la
légitimité en termes de gestion des ressources
humaines n’apparaissent avec
évidence. »
Il
est frappant que de l’introduction p32 à la
conclusion p34, aucun argument
valide n’a été avancé en
relation avec le problème posé : le
contrôle de
l’activité des enseignants d’EPS dans le
cadre du forfait UNSS. Il est
scandaleux qu’on affiche (p 62-63) une estimation
d’un tiers de moyens
« non réellement
employés » sans même un
début d’étude sérieuse de la
réalité, comme il est scandaleux de parler de
« statut de fait » de
17h et 14h, en totale contradiction avec la
réalité du travail de la grande
majorité des enseignants d’EPS.
Nous
faisons à cette étape un double
constat : D’une part une réelle
méconnaissance du sport scolaire et de
l’UNSS ; d’autre part une
volonté
évidente de le dévaloriser et le
déstabiliser sans aucune considération pour
ceux qui l’encadrent et ceux qui y participent. La seconde
partie de l’étude du
cas des enseignants d’EPS vient confirmer point par point le
projet et la
méthode : référence
détournée, chiffre erroné, mais projet
identique de
stigmatisation d’une profession… même si
la Cour s’en défend :
(P 34) « Tout en
souhaitant éviter de donner le sentiment de
stigmatiser particulièrement une catégorie
d’enseignants, la Cour ne peut
manquer d’observer que le cas des obligations de service des
professeurs d’EPS,
à nouveau, est particulièrement illustratif.
Un enseignant
d’EPS, outre la « réduction »
de principe (et généralement forfaitaire comme
exposé ci-dessus) de trois heures UNSS, peut aussi
bénéficier de réduction pour
« effectif pléthorique » (1 heure
hebdomadaire pour plus de 10 heures devant
plus de 35 élèves). »
Première
illustration :
la règle est générale, mais ce sont
les enseignants d’EPS qui servent
d’exemple. Sans doute pour forcer le trait, tant la mesure
parait incongrue au
rédacteur : Pourquoi serait-il difficile de
travailler avec plus de 35
élève pour un enseignant
d’EPS ? La suite montre à
l’évidence la
représentation qu’ont les rédacteurs du
rapport de la profession d’enseignant
d’EPS (S’agit-il même
d’enseignants ? Ne sont-ils pas plutôt des
animateurs sportifs ?)
Suite de la p34 : « Comme le
ministère l’écrit lui-même
dans un document
adressé à la Cour, pour les enseignants
d’EPS « dans
l’enseignement scolaire
l’essentiel de leur activité, pour ne pas dire
leur exclusivité, est consacré à
l’exercice des activités physiques et sportives »
; et l’on peut même dire «
à
l’encadrement d’activités
physiques… ».
Les « temps de préparation des
cours et des classes » (et celui des « corrections
de travaux écrits ») sont
sans aucun doute très limités pour un enseignant
d’EPS en scolaire ; il faut
d’ailleurs sur ce plan éviter l’amalgame
rhétorique : une préparation réduite
des cours – factuelle - ne préjuge en rien
d’une qualité ou d’une
technicité
moindre des enseignements ; elle pèse cependant sur la
problématique du temps
de travail global acceptable et donc sur celle de
l’ORS. »
La présentation
est
limpide : une
« activité »
exclusivement consacrée à
« l’exercice » des APS,
et au cas où un doute subsisterait - le
terme « exercice » ayant sans
doute une connotation trop
« pédagogique » -
on précise qu’il s’agit
« d’encadrement ».
La citation émane « du
ministère » ; elle est
écrite cette fois,
mais on ne sait ni par qui, ni quand, anonymat confortable …
Après la critique
sur le
fond (ce sont tout juste des « animateurs
sportifs ») vient celle sur
la charge de travail. Les parenthèses subsistent, mais le
caractère n’est plus
italique, ce qui fait qu’on ne sait pas si la charge vient
« du
ministère » ou de la Cour. Pas ou
très peu de préparation, ni de
correction pour un enseignant d’EPS « en
scolaire », cela n’empêchant
pas le travail d’être éventuellement de
qualité, mais tout de même … la
question du service… la
« problématique du temps de travail
global
acceptable »… Le rapport formule
« en conséquence » une
proposition de redéfinition des services des enseignants
d’EPS qu’il étaie à
partir d’une double
contre-vérité :
1e
contre-vérité :
Ceci est si
vrai
que le statut des enseignants d’EPS affectés dans
le supérieur en tient un
compte précis : appelés aussi
à effectuer des enseignements théoriques
(notamment dans les UFR STAPS), les enseignants d’EPS
affectés dans le
supérieur sont soumis à une règle
d’équivalence selon laquelle « les
services accomplis au titre de la pratique des activités
physiques et sportives
… sont pris en compte pour les deux tiers de leur
durée réelle dans le calcul
des obligations de service d’enseignement »19. »
Le décret de
référence, et sa
partie citée en particulier, s’applique
à l’activité des enseignants
d’EPS
affectés dans le Supérieur dans
le
cadre de l’association sportive de
l’Université et de la FFSU.
Il n’y a
aucune pondération à la hausse pour tout ce qui
est enseignement « de
travaux dirigés ou de travaux
pratiques ». Le service de 384h annuelles
correspond à un maximum hebdomadaire de 15h
(agrégés) et 18h (autres
enseignants). Pour les cours magistraux, la pondération
à la baisse (1h 30 pour
1h) s’applique également aux enseignants
d’EPS.
La lecture du
décret par la
Cour est donc erronée. Il est d’autant plus
regrettable qu’elle en déduise une
proposition de réglementation en parlant « d’activités
d’enseignement absolument identiques ».
P 35 :
« La
Cour
observe qu’il serait fondé de
considérer qu’une règle
d’ordre pratique,
justifiée par la réalité
même des
activités exercées par les
enseignants, devrait, en principe, trouver à
s’appliquer de la même façon
lorsque des populations d’agents identiques pratiquent des
activités
d’enseignement elles-mêmes absolument
identiques. »
2e
contre-vérité :
Sur cette base (fausse), la
proposition est déclinée en service de 25 et 23h.
La Cour en rajoute dans la
prise en compte de soi-disant situations de caractère
identique : après la
mauvaise lecture du décret sur l’enseignement dans
le Supérieur, c’est le
service des PLP en enseignement pratique qui est
convoqué : la Cour
l’annonce à 23h, alors qu’il est depuis
plusieurs années de 18h, comme celui de
tous les enseignants de second degré non
agrégés … à
l’exception des
enseignants d’EPS. On peut s’étonner que
« le ministère »,
destinataire en octobre 2004 du projet de rapport, ait
laissé passer de telles
inexactitudes.
P 35 : « Si la
règle d’équivalence que l’on
a inscrite dans
le statut des enseignants du 2nd degré enseignant dans le
supérieur
s’appliquait à ceux d’entre eux qui
enseignent dans le scolaire, les certifiés
d’EPS devraient (pour 17 heures d’ORS de fait)
effectuer un service « devant
élèves » de 25 heures (et les
agrégés de 23 heures), obligation à
peine
supérieure à celle des PLP en enseignement
pratique (23 heures). Les effectifs
enseignants nécessaires à la satisfaction des
besoins scolaires en seraient
réduits d’un nombre très
significatif. »
Nous
devons, une nouvelle fois, noter une erreur de calcul
manifeste : En
proposant d’appliquer une pondération de 3/2 au
service des enseignants d’EPS,
on passe bien de 17h à 25h (25,5), mais en ce qui concerne
les agrégés, la même
pondération donnerait un service à 21h et pas 23h
(14 x3/2). Inquiétant,
décidément, ce laxisme dans les
calculs…
« En
dépit
du caractère évidemment désuet et
parfois inadapté aux besoins réels du
système
éducatif des niveaux d’ORS des
différents corps d’enseignants du scolaire,
caractère qui affecte également nombre de
décharges et réductions dont le
manque de légitimité ne justifie pas plus la
pérennité, « la
question [de
l’adaptation des obligations réglementaires de
service des différents corps] ne
figure pas à l’ordre du jour des travaux
demandés à la DPE ».
Certes, en
touchant là au cœur du statut (puisque
c’est de l’emploi effectif et de la
durée du travail qu’il s’agit) et des
« droits acquis », on s’engage sur une
voie socialement et politiquement malaisée ; mais cette
ne
question, à travers la problématique connexe des
décharges
statutaires, représente une charge budgétaire
annuelle de plus de 500 M €. »
La
conclusion de cette partie du rapport permet à la Cour des
Comptes de se
resituer dans ses missions et compétences
d’observatrice des comptes de la
Nation (même si on peut se demander si la formulation de
propositions d’ordre
réglementaire relève bien des
compétences de cette institution). On peut en
tout cas regretter que, sur le champ particulier des services des
enseignants
d’EPS et sur celui du sport scolaire, le
développement proposé par ce rapport ajoute
autant d’approximations et d’erreurs à
un parti pris pour le moins partial et
hostile.
Le
SNEP tient à affirmer que si la voie dans laquelle
s’engage la Cour des Comptes
est effectivement « socialement et politiquement
malaisée », la
volonté de proposer à la Nation,
s’agissant des services publics, des
réductions budgétaires fondées, ne
peut
sérieusement, pour une telle institution, prendre appui sur
des représentations
datées et sur le procès très mal
instruit d’une profession et d’une discipline
d’enseignement qui montrent chaque jour dans les
écoles, les collèges et les
lycées leur contribution spécifique aux objectifs
de l’Ecole.
Le
30 mars 2005,
Pour
le SNEP, Michel Fouquet (secrétaire national)
16 Il est aussi
vrai que cette
hétérogénéité
peut être constatée dans
le temps, les grands événements sportifs de
retentissement international ayant
un effet non négligeable sur l’engouement des
jeunes pour le sport (en
particulier pour les sports les plus populaires comme le football).
L’évolution
des effectifs de licenciés depuis vingt ans montre une
relative cyclicité des
fluctuations avec des pics tous les 4 à 5 ans (jeux
olympiques, coupes du monde
de football, de rugby,
championnats d’Europe de football, …)
généralement suivis dès
l’année suivante
d’une relative désaffection des
licenciés.
17 Les trois
heures au profit de l’UNSS peuvent plus difficilement
être qualifiées «
obligation de service » lorsqu’elles ne sont ni
réellement contrôlées ni
sanctionnées en cas d’inexécution